Théâtre Firmin Gémier
Situé place Firmin Gémier en centre ville d’Antony
Fiche technique TFG

Un peu d’histoire…
1967 : année de naissance du Centre Dramatique Firmin
Gémier d’Antony, Georges Suant, maire d’Antony,
en est le président, et Jacques Sarthou (directeur du
Théâtre de l’Ile de France depuis 1954) le directeur. Jacques
Sarthou avait eu une expérience de théâtre ambulant et voulait
donner la priorité à un travail en étroite collaboration
avec le public, c’est pourquoi il choisit Firmin Gémier
comme figure emblématique pour ce nouveau lieu, installé
dans l’ancien marché couvert. Le Théâtre Firmin
Gémier est inauguré le 3 février 1967 avec la
pièce d’André Obey Revenu de l’Etoile. La
salle a une jauge de 430 places.
Cette identité - la présentation d’un répertoire
de qualité - classique et contemporain - entouré en « étoile
» par des propositions de rencontres, ateliers, lectures, bref, l’idée
forte d’un théâtre qui va au-devant de son public
au lieu de courir derrière lui, est restée la même
jusqu’à aujourd’hui. Quarante ans de créations,
d’essais renouvelés, d’efforts et d’inventions portés
par une vraie équipe - administration, technique, relations
avec le public - menée par des directeurs successifs passionnés
par ce projet toujours à réinventer.
C’est Jacques Sarthou qui lance l’association de spectateurs
« Les Amis du Théâtre Firmin Gémier »,
association de relais précieux qui ont répondu présents
tout au long de l’histoire et qui sont toujours actifs.
Mises en scène de Jacques Sarthou :
1967 Andromaque/Jean Racine
1968 Cymbeline/William Shakespaere
1969 Mary Tudor/Victor Hugo
1970 La Flemme/Ricardo Talesnik
1971 Bacchus/Jean Cocteau
Chaque directeur a maintenu le cap et développé la maison
en faisant partager ses passions, le Théâtre Firmin Gémier
restant toujours un lieu de création :
De 1972 à 1978 Jean Rougerie produira deux à
trois spectacles par saison.
Entre autres, La Margrave/Alfred Savoir, Le Petit maître corrigé/Marivaux,
Les entretiens avec le professeur Y./Louis-Ferdinand Céline, les Nuits
blanches/Fédor Dostoïevski
De 1979 à 1984 Pierrette Garreau et Marc Ansel associeront
l’équipe voisine du Théâtre du Campagnol,
dirigée par Jean-Claude Penchenat, installée dans La Piscine de
Châtenay-Malabry toute proche. C’est à Antony que le Campagnol
pourra créer, grâce au Théâtre Firmin Gémier
qui a accepté le pari d’aménager le Centre Technique
Municipal et d’y amener des spectateurs sur une longue série,
En r’venant d’l’Expo de Jean-Claude Grumberg, puis
son spectacle le plus connu, Le Bal, qui tournera ensuite en France
et à l’étranger et dont Ettore Scola fera un film. Pierrette
Garreau et Marc Ansel associeront ensuite notamment Jean-Louis Hourdin
et les Fédérés qui créeront à Antony,
entre autres succès mémorables, Liberté à Brême
de Reiner Werner Fassbinder (avec Hélène Vincent), Léonce
et Léna de Georg Büchner, et Tout ça, c’est
une destinée normale d’après Karl Valentin.
De 1984 à 1991 Gérard Savoisien enchaîne,
comme créateur et directeur administratif .
La municipalité souhaite recentrer l’activité « dans
les murs ». Des travaux sont faits dans la salle : changement des fauteuils,
des rideaux, du sol. La priorité est donnée aux créations
« maison » dont décors et costumes sont réalisés
sur place. Des tournées sont organisées pour ces spectacles créés
entièrement à Antony. Des Soirées Cabaret sont
proposées en parallèle, elles sont un grand succès populaire.
Gérard Savoisien met en scène, entre autres, Yalta de Vladimir
Volkov, L’Homme prudent de Goldoni, La Comédie des
erreurs de Shakespeare, Regain de Giono, La Petite Molière
de Jean Anouilh, des pièces de Jacques Mauclair. Le public adhère
: le chiffre de mille abonnés est atteint et dépassé.
En 1991 René Chéneaux, metteur en scène,
prend la succession. Outre de nombreuses productions et coproductions, il va
développer à Antony et alentour les ateliers, stages, animations.
Sa politique de création se tourne vers la découverte de jeunes
metteurs en scène et un théâtre de recherche en liaison
étroite avec l’animation et le travail avec le public. Il invite
par exemple le Ballatum Théâtre. Il programme également
de la danse contemporaine.
René Chéneaux a mis en scène lui-même, entre autres,
Les Joueurs de Nicolaï Gogol, et Personnes déplacées,
création collective. Il accueille les créations de François
Kergoulay.
En 1995 François Kergourlay prend le relais, organisant
la possibilité de résidences pour les compagnies invitées
ou coproduites, dans le même esprit de découverte que René
Chéneaux, tout en poursuivant des « créations maison »
fortes avec une équipe de comédiens fidèlisés. Il
essaie de favoriser des séries de représentations plus longues
pour les créations. En 1999 il ouvre une deuxième salle
: le Foyer, 140 places, salle demi-arrondie avec un gradin modulable.
Pour les spectacles de forme légère, les expositions, l’accueil
du public, la librairie, la restauration, cette extension est bienvenue.
François Kergourlay met en scène, entre autres, Petersen a
disparu, de Daniil Harms, Parades de Jean Potocki, Le Revizor
de Nicolaï Gogol, Pelleas et Melisande de Maeterlinck, Le
Tour du monde en 80 jours d’après Jules Verne.
En 2000 Marc Jeancourt est nommé directeur. Il n’est
pas metteur en scène lui-même. Il maintient et amplifie
toutes les activités de création et de partage autour des spectacles.
Il organise de nouveau des « sorties » hors les murs du théâtre
avec le désir et la volonté de toucher un public nouveau.
A partir de 2001, et chaque année depuis, en juin, au retour des beaux
jours, il imagine une décentralisation dans tous les quartiers
de la ville. Le festival Solstice présente ainsi partout des formes théâtrales
inédites, originales et mobiles avec un succès qui se confirme
d’année en année.
Parallèlement, dans la salle, de jeunes metteurs en scène sont
accueillis avec des créations d’envergure, citons Guy-Pierre
Couleau, Paul Golub, Anne-Laure Liégeois.
Il programme également de la danse, et intensifie le rythme de présentation
de spectacles.
Il se lance aussi sur une nouvelle « piste » - c’est le cas
de le dire - qui a toujours été dans la lignée du théâtre
populaire : le cirque. Un pas important dans ce domaine sera
franchi avec la viabilisation d’un Espace Cirque, situé
rue Georges Suand, dans le quartier Pajeaud. La compagnie de clowns Les Nouveaux
nez, avec une création répétée sur place, inaugure
le nouvel Espace Cirque. Depuis, ce lieu accueille des chapiteaux et des artistes
de cirque contemporain en résidence tout au long de l’année.
Des spectateurs « relais/cirque » se sont mobilisés pour
assurer la médiation avec le quartier. Les artistes en résidence
ne travaillent pas en circuit fermé, ils ouvrent leur travail, ils pilotent
des formations. Un atelier cirque pour les enfants et les jeunes fonctionne
toute l’année.
En 2005 cette orientation est confirmée par la reconnaissance de l’Etat
qui attribue au Théâtre Firmin Gémier d’Antony le
label national de Scène Conventionnée pour les arts du cirque.
Qui était donc Firmin Gémier (1869-1933) ?

Firmin Gémier dans la loge du Théâtre National Ambulant
(1911) © Branger
Metteur en scène, comédien, et surtout animateur, Firmin Gémier
est le premier à défendre l’idée d’un grand
théâtre populaire de qualité, idée totalement révolutionnaire
aux alentours de 1900.
Régnait alors le cloisonnement entre d’un côté le
mélodrame, le théâtre forain, le caf’conc’ pour
le peuple, et de l’autre le « Boulevard » et le théâtre
d’art pour les intellectuels et les notables, avec quelques places bon
marché au poulailler. Qu’est-ce qui a pu amener Firmin Gémier
à défendre toute sa vie, au détriment de ses intérêts
personnels de comédien « vedette », ce concept osé
de théâtre populaire ? Tout d’abord certainement ses origines
modestes dont il était fier. Il est né à Aubervilliers,
ses parents y tenaient une auberge où ils accueillaient les compagnons
charpentiers et autres artisans. Ensuite le fait qu’il ait joué
dans toutes sortes de théâtres : au mélodrame, au Théâtre
Libre d’Antoine, au Théâtre de l’Oeuvre de Lugné-Poe,
au Châtelet, au Gymnase, à la Renaissance, au Music Hall à
La Cigale. Il a ainsi côtoyé des publics très divers. Et
puis surtout, l’influence des théories de Romain Rolland, son maître,
qui écrit en 1903 Le Théâtre du peuple appelant à
rénover l’art théâtral, à l’ouvrir.
Ainsi Firmin Gémier a toujours tenu à mélanger les publics
et à inventer des spectacles pour tous, au-delà de tout ghetto
de notabilité, de mode, ou de snobisme. Il conçoit et réalise
un Théâtre National Ambulant pour amener partout en France son
répertoire parisien avec la qualité technique d’une grande
salle de 1600 places. Le Théâtre National Ambulant joue à
travers la France en 1911 et 1912. L’expérience a un énorme
succès mais elle doit s’arrêter à cause de problèmes
de tractage trop difficiles à résoudre : 37 voitures ne se déplacent
pas facilement dans la France de l’époque. Il cherche alors une
autre voie et monte d’énormes spectacles mêlant comédiens
amateurs et professionnels au Cirque d’Hiver : Œdipe, roi de Thèbes
et La Grande Pastorale, avec des centaines de participants, il abolit le rideau,
la rampe, la frontière entre la scène et la salle. Il organise
des manifestations théâtrales de plein air. En 1920 il inaugure
la salle immense (et impossible avec ses 6000 places !) du Trocadéro.
C’est le premier Théâtre National Populaire qui doit s’arrêter
faute de moyens. Il reprend la direction de l’Odéon. À la
fin de sa vie il créé et anime une Société Universelle
du Théâtre dont le premier congrès a lieu en 1927 à
Paris. Comédien et directeur d’acteurs, avec un sens aigu de la
scénographie et de l’espace, il n’a pas écrit de théorie,
mais on peut trouver ses réflexions sur le métier dans un livre
d’entretiens publié en 1925 chez Grasset (citations ci-jointes).
Il a engagé, formé, aidé un assistant qui deviendra plus
tard un des maîtres du Cartel avant-guerre et l’un des premiers
directeurs de la décentralisation après guerre : Gaston Baty.
Gémier est mort à Paris en 1933.
La petite salle du Théâtre National de Chaillot porte aussi son
nom.
 
Quelques citations
« Il ne s’agit pas d’ouvrir de nouveaux vieux théâtres
dont le titre seul est neuf … il s’agit de fonder un art nouveau
pour un monde nouveau. »
Romain Rolland - 1903
« À une transformation de la société doit correspondre
une transformation de l’art. Les progrès de la démocratie
doivent amener la création d’un théâtre national et
social, largement ouvert au peuple, et où toutes les classes de la nation
partagent fraternellement de puissantes émotions artistiques. »
Romain Rolland - 1903
« Pourquoi écarter de notre théâtre la pantomime
et l’action toute pure que l’on relègue aux cirques ? Le
spectacle de l’action est d’un magnétisme puissant. Faisons
au corps sa place dans notre art, une large place. Notre théâtre
doit être un théâtre d’hommes, et non pas d’écrivains.
»
Romain Rolland - 1903
« Firmin Gémier a été bien plus qu’un interprète
et un metteur en scène admirables. Il a été l’initiateur
d’un théâtre nouveau, d’un art réaliste et passionné,
dégagé des conventions littéraires et mondaines, des cénacles
et des salons, d’un art largement humain où se reflète la
vie tumultueuse de notre temps, où l’on respire à pleine
poitrine le souffle des grandes tragédies qui se jouent autour de nous
dans le monde. »
Romain Rolland - 1903
« Il faut dénoncer l’injustice, la cruauté, l’asservissement
de l’intelligence à l’argent, le népotisme, les obstacles
qui barrent la route au mérite, les nationalismes étroits, que
sais-je enfin, toutes les tristesses, les laideurs, les difformités du
présent. Vivent la comédie, le pamphlet, l’allégorie
satirique ! Vive le rire, qui porte bien plus que les larmes, et qui est beaucoup
plus fort que les plus violentes invectives. »
Firmin Gémier - 1925
« Qu’on aère les salles ! Que le théâtre moderne
ouvre ses portes toutes grandes ! Qu’on appelle le peuple comme au siècle
de Sophocle, comme au Moyen Âge, comme au temps de Shakespeare et de Molière.
En somme le théâtre idéal serait pour moi tout simplement
une place publique, qui, dans nos contrées pluvieuses, devrait être
couverte. »
Firmin Gémier - 1925
« Le théâtre réunit tous les arts pour les faire
concourir à la gloire de l’idée. »
Firmin Gémier - 1925
« Au théâtre, les grands auteurs ne sont pas seulement des
poètes, ce sont aussi des ordonnateurs de fêtes pour les yeux.
»
Firmin Gémier - 1925
« Il faut toujours se ranger du parti des nouveaux écrivains encore
méprisés chez qui on reconnaît de la sincérité
et du courage, vers ceux qui apportent des idées neuves, hardies, profitables
à la société. »
Firmin Gémier - 1925
« Il ne faut pas jouer mais agir un rôle. »
Firmin Gémier - 1925
« On s’est beaucoup moqué de mes escaliers, j’ai souvent
dit « donnez-moi un escalier je vous fais une mise en scène.»
Mais n’est-il pas logique d’échelonner un vaste spectacle
sur des gradins ? Le décor doit être très stylisé,
il faut que, par des lignes très simples et judicieusement choisies,
il évoque l’endroit de l’action, c’est tout. De bons
acteurs sont eux-mêmes le décor. »
Firmin Gémier - 1925
« À mon avis, l’avenir de la mise en scène est dans
le savant usage des lumières. L’inventeur qui saura faire paraître
et disparaître à son gré un tableau sur la toile de fond
en gardant la scène éclairée rendra un fier service à
l’art dramatique.»
Firmin Gémier - 1925
« Ne vous fiez à l’approbation de l’élite cultivée
que si elle est consacrée par l’assentiment du peuple. »
Firmin Gémier - 1925
« Pour que la société s’améliore, il n’est
pas bon que nous soyons trop attachés aux institutions régnantes,
quelles qu’elles soient. Nous devons garder notre esprit critique et souhaiter
que le pouvoir soit bâtonné de temps en temps, c’est pourquoi
la volée traditionnelle que Guignol flanque au commissaire me paraît
fort édifiante pour de jeunes cerveaux. »
Firmin Gémier - 1925
« Aucune grande réforme ne se produit sans un élan d’espérance
et de confiance. Les auteurs dramatiques détiennent une grande force
spirituelle, ils ne doivent pas s’en servir pour nous conter des fariboles.
Ce sont eux qui vont modeler la sensibilité des générations
futures. »
Firmin Gémier - 1925
« À notre époque les individus participent de plus en plus
à la vie générale, l’horizon des démocraties
dépasse les frontières. Nous sommes à l’heure où
le théâtre doit devenir mondial et pas étroitement mondain.
»
Firmin Gémier - 1925
« Il faut s’adresser à un large auditoire. Il ne faut pas
croire que le contact des œuvres profite seulement au peuple, il est plus
utile encore aux classes dirigeantes. Aujourd’hui le spectacle de la société
n’a jamais été plus émouvant parce qu’elle
est en pleine évolution. »
Firmin Gémier - 1925
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